Une Lettre Inattendue

Je vis en Espagne depuis presque 8 ans avec mon mari. Notre fille, elle, est retournée en France pour ses études depuis 4 ans.

Le dépistage

En avril 2024, j’ai reçu une lettre du programme de dépistage du cancer pour une mammographie. Comme tous les deux ans après 50 ans… Cela faisait peut-être un peu plus que ça pour moi. Ce courrier tombait bien, j’ai décidé de prendre rendez-vous. Le premier ne me convient pas, je le décale… deux fois. Finalement, j’y vais, près de deux mois plus tard.

Tout se passe normalement, on me dit que je recevrai les résultats 15 jours plus tard.
La nouvelle qu’on n’attend jamais
15 jours plus tard, l’hôpital m’appelle : il faut faire une échographie. Je pense alors : « Allez, encore une fois ils n’ont rien vu. Ils vont me dire que mes seins sont trop fibreux, comme toujours. »
Je me rends donc, sereine, à l’échographie. Le radiologue entre, se présente, et me dit d’un ton calme :
« Ce que j’ai vu sur la mammo est confirmé à l’écho. Il y a des tissus détériorés. Est-ce que tu me permets de faire une biopsie ? »
(En Espagne, tout le monde se tutoie, même à l’hôpital 😊)
Je réponds spontanément, fidèle à mon optimisme :
« Oui, bien sûr ! Mais… ça peut sortir “bon”, non ? Ce n’est pas forcément quelque chose de grave ? »
Léger rictus de sa part :
« Mmm, en général, quand les tissus sont dégradés, c’est qu’il y a quelque chose».
Bon. On y va. Le cerveau part en ébullition. Et puis l’aiguille… celles qui savent, compatissent ! Je tourne la tête, je sens le clac, deux fois… et c’est fini.
Je ressors, la tête pleine de scénarios. Mon généraliste regarde les images en ligne et me rappelle le soir-même :
« Pour moi, ce n’est pas une tumeur, ça ressemble plus à un hématome. Vous vous êtes cognée récemment ? »
Je pense à notre chien, joueur et un peu brute… « Peut-être ça ? »
Il me dit :
« C’est sûrement ça. Je ne peux pas garantir à 100%, mais je suis confiant. »

Le jour où tout bascule

Trois semaines plus tard, l’hôpital m’appelle. Rendez-vous à l’oncologie pour les résultats.
Mon mari ne peut pas venir, il a une réunion importante au travail. Je le rassure :
« Tu ne vas pas tout chambouler pour un rendez-vous où on va sûrement me dire que tout va bien ! »
J’y vais seule.
En arrivant à l’étage, une infirmière me tend un masque. Depuis le Covid, je n’en avais pas remis.
La salle d’attente est bondée, pleine de femmes, certaines avec un foulard.
Ok. Je comprends où je suis.
J’attends 1h30 ! C’ est interminable !
Quand enfin je suis reçue, une jeune femme douce m’accueille. Elle s’assoit, regarde mes résultats et dit simplement :
« Nathalie,j’ ai reçu tes résultats, tu as un cancer du sein. »
Je la regarde sans réagir. Elle me demande :
« Tu ne t’y attendais pas ? »
Évidemment que non. Pour moi, c’était un hématome. Le chien qui me saute dessus.
J ai l impression d avoir du coton dans les oreilles…
Je suis figée. Je réponds un peu sonnée:
« Ah non, pas du tout… »
Elle poursuit avec douceur :
« Mais il y a de bonnes nouvelles. C’est un cancer de stade 1, la tumeur est assez petite (2 cm), il ne semble pas agressif. On va faire d’autres analyses pour mieux connaître sa nature, et définir le protocole.

On est jeudi, elle promet de mettre mon dossier en priorité dès lundi, le jour où elle et ses confrères oncologues parlent des “cas”. Je deviens donc un “cas”…
Le protocole devrait être “classique”: chirurgie, prélèvement du ganglion sentinelle, biopsie, Peut-être qu’on évitera la chimio, radiothérapie…la suite restera à définir. Les mots claquent à mes oreilles…

20 min plus tard, je sors. Je lève les yeux au ciel. Les larmes me montent. Je sers les poings, “et merde”, je me parle à moi-meme. Je respire, j’appelle mon mari.
Il décroche, joyeux :
« Alors ? T’y es allée pour rien ? »
Je réponds calmement :
« Ben non. J’ai un cancer du sein. »
Silence. Et dans ce silence, je sens sa culpabilité de ne pas avoir été là.
Je prends sur moi. Je lui transmets les “bonnes nouvelles”: le stade, la taille, l’absence d’agressivité.
Et je finis par lui dire – et me dire à moi-même :
« Ce n’est pas un petit cancer qui va me pourrir la vie ! »

Ce qui m’a sauvée d’un grand stress pendant l’attente car on veut croire que “ce n’est rien”….la c est dire que j’aurai pu me ronger les sangs pendant 3 semaines, mais les choses sont bien faites, grace à cette “erreur de diagnostic” moi je l’ai vécu plus leger…c’est mon histoire …